20152324

<3

Date de sortie :10 octobre 2012 (Epouvante/Fantastique-Français/Epagno/Portugais)

Réalisateur : Juan Carlos Medina

Avec : Alex Brendemühl (La Mosquita), Tomas Lemarquis (Errors Of The Human Body), Derek De Lint (Black Book)

Synopsis :

A la veille de la guerre civile espagnole, un groupe d’enfants insensibles à la douleur est interné dans un hôpital au cœur des Pyrénées.
De nos jours, David Martel, brillant neurochirurgien, doit retrouver ses parents biologiques pour procéder à une greffe indispensable à sa survie. Dans cette quête vitale, il va ranimer les fantômes de son pays et se confronter au funeste destin des enfants insensibles.

Mon avis :

Dans la lignée des films de Guillermo del Toro comme L'échine du diable ouLe Labyrinthe de Pan, intéressant mélange des genres, entre le fantastique, l'horreur, le film de guerre, le film politique, historique ou encore sentimental, écrit en collaboration avec le scénariste de REC Luiso Berdejo, premier long-métrage pour Juan Carlos Medina qui parvient à garder le cap, tout en imposant un style moins surnaturel que son mentor.

Il y a d'abord ces enfants, enlevés à leur famille à la veille de la guerre civile espagnole, atteints d'une mystérieuse maladie qui les rend insensibles à la douleur et internés dans un hôpital isolé des Pyrénées. De nos jours, David Martel, un neurochirurgien tente de retrouver ses parents biologiques pour obtenir une greffe nécessaire à sa survie. Les fantômes de l'histoire sont toujours présents.

insensibles-insensibles-10-10-2012-3-g

Comme ces autres films ''trans-genres'', qui évoquent les traumatismes de la grande Histoire par la catharsis des petites, Insensibles déstabilise au premier abord son spectateur par la manière dont il évoque des faits historiques encore largement tabous en Espagne. En dehors de la violence de la guerre civile et de la dictature, l'histoire rappelle une actualité encore brûlante : celle des enlèvements d'enfants de parents communistes par le régime franquiste, adoptés ensuite par des familles pro-fascistes pour épuration et rééducation politique durant la guerre civile, pratique systématisée ensuite de manière plus crapuleuse. L'estimation basse fait état de 30.000 cas et les recherches sont encore entravées comme l'a montrée l'éviction du juge Garzon dernièrement.

Mais Bref..je m'égare encore une fois ^^"

Pour traiter ce sujet, Insensibles, choisit habilement la fiction, et l'oriente vers la frontière floue du vraisemblable et du fantastique, du réel et de l'imaginaire, frontière au sein d'une mémoire qui se recompose. Car l'enjeu du film, c'est l'enquête que mène David Martel pour retrouver ces géniteurs, car (attention petit spoiler), il est lui-même l'un de ses enfants enlevés et placés dans une famille pro-régime. L'histoire des enfants insensibles du film n'est pas adaptée à proprement parler de faits réels, même si le phénomène a existé en Espagne. La maladie d'insensibilité à la douleur, quant à elle, existe bel et bien, et permet d'insérer la fable dans les faits historiques de manière convaincante, ce qui assez rare pour être noté.

insensibles-1

Vous l'aurez compris, les deux histoires, les deux points de vue et les deux époques tendent à converger en réveillant de vieux démons enterrés par l'omertà. La construction alternée du film en ce sens fonctionne relativement bien parce qu'elle ne cherche pas un coup de théâtre forcé. Le spectateur en sait d'avance beaucoup plus que David et le suspense du film repose plutôt sur ce que le spectateur se prête à imaginer à mesure que l'écart entre les deux histoires se rétrécit. Ensuite, la métaphore de l'innocence devenue barbarie est intéressante et relève d'une véritable idée de scénario. Elle est incarnée par le personnage quasi-légendaire de Berkano, enfant innocent au début, victime du régime, il devient par la suite tortionnaire, monstre utilisé par la barbarie fasciste alors que l'hôpital est devenu une prison.

insensibles 1

Le casting est à tous les niveaux d’une qualité irréprochable. Les enfants comme les adultes, victimes ou tortionnaires, donnent vie à des personnages inoubliables qui entrent dans la vie du cinéphile et y font quelques dégâts. C’est bien évidemment les enfants qui retiennent le plus l’attention et qui font froid dans le dos. Le mélange entre leur innocence et la cruauté ainsi que la froideur de leurs actes est percutant. Certaines scènes sont d’ailleurs assez insoutenables. Il faut faire face à des situations où l’on s’imagine une douleur insupportable et qui pourtant ne touchent pas nos victimes. C’est là que le titre Insensibles prend toute sa dimension : personne ne reste insensible devant des actes si froids et dérangeants.

La violence enfin d'Insensibles, n'est jamais gratuite, ne cherche pas l'effet gore à tout prix. Elle est à la fois assez réaliste pour être persuasive, assez suggérée pour offrir au spectateur une certaine distance. C'est peut-être ce qui permet d'apprécier au mieux le déroulement de l'intrigue, ce léger recul, ambigu par moments mais qui laisse au spectateur une certaine liberté dans son immersion, une liberté d'imagination et de réflexion.

 

Malgré quelques scenes un peu longue, Insensibles marquera de manière irréversible l’esprit de chaque spectateur par son histoire à la fois inquiétante et noire. Un voyage traumatisant au cœur de l’horreur humaine.

 

* Bande annonce*